Passage extrait du livre "French queer cinema" de Nick Rees-Roberts :
The political agenda of the radical movements such as the GAT attempts to free transgender from the domain prism of psychiatry. The community-produced documentary L'Ordre des mots (Cynthia and Mélissa Arra, 2007) likewise attacks the institutional straitjacket of psychiatry through lenghtly, in-depth interviews with some of the main French transgender activists. The documentary's structure uses testimony to political effect rather than indulging in the cheap voyeurism of a freak show, by giving the articulate subjets the time and space to recount their personal stories. Free from the generic constraints of liberal pity, and without the anthropological tendency to interpret for a mainstream audience, the directors are able to synthetise the differing conceptions of non-normative genders without reducing the testimonies to pre-established binaries. Activist Vincent He-Say gives a politicised account of resistance to a fixed identity as a trans-man. Tom Reucher articulates childhood difficulties and the educational handicap resulting from social exclusion as an FTM transman, personal hardship that is shown without pathos or sentimentality, without the generic device of audience manipulation employed by TV documentaries of the sort made by Mireille Dumas, who has for long exploited gender from behind the mask of liberal sympathy. Her 'Traverstir' for Arte's La vie en face series in 1996 adopted a maudlin approach to transgender. L'Ordre des mots, in contrast, is a breakthrough in the French context simply because it allows its subjects to direct the form of the documentary rather than being subjected to strategic editing techniques that frame transgender people as exotic objects of fascination. L'Ordre des mots does not shy away from painful subjects such as suicide and psychological damage, but instead of localising them as individual deficiencies, it points the finger at the institutional psychiatric damage done to citizens whose lives are manipulated by self-appointed experts. It is the documentary's matter-of-factness -- combining voice-over narrative testimony with prolonged close-up shots of the speaker in the process of thinking -- that gives a synchronic picture of trangender life in a national context of harsch psychiatric repression.
Article extrait du blog Regardailleurs suite à la projection du festival du film ethnographique de l'association L'Autre de l'université Bordeaux-2 - Avril 2011
Dans le cadre du festival du film ethnographique de l’association L’Autre de l’université Bordeaux-2, j’ai assisté le samedi 9 avril à la projection du film L’Ordre des mots dans le « troquet LGBT hétéro-friendly » (comme ils se décrivent) L’Ours marin. Cette année, Le thème du festival était les frontières et cela justifie le choix du film : après le trouble, voici la frontière dans le genre. Le sujet du film était la question trans. On pourrait, certes, parler de question transsexuelle ou même transgenre, mais il s’agit ici de toutes les formes de trans qui peuvent exister.
Je n’ai pas été vraiment perdue au cours de ce film, j’ai déjà été amenée à lire des ouvrages sur les études de genre qui m’avaient fait me poser certaines questions, notamment sur l’aspect social du genre. Petit à petit, néanmoins, j’ai mesuré l’étendue de mon ignorance : je n’ai jamais eu vent de tout ce que j’entendais dans ce film. Succession de témoignages sincères et sincèrement émouvants, je me suis sentie inculte – non pour me dévaloriser gratuitement mais parce que, clairement, incultes, nous l’étions quasiment tous face à ce film. Ce qui finit par susciter d’innombrables interrogations.
« Est-ce qu’on appartient à l’humanité si on n’est ni un homme ni une femme ? »
La première, la plus évidente, serait : qu’est-ce qu’être trans ? Serait-ce un malade psychiatrique gravement atteint, comme le prônent la plupart des médecins psychiatres ? Il suffit d’écrire dans un dictionnaire médical « Ceci est une maladie » pour que cela le devienne ; or, dans le cas de la question trans, il n’existe pas de « preuve » tangible pour déterminer ce que c’est. On devient trans par défaut, raisonnement par l’absurde : ni schizophrène, ni maniaco-dépressif, ni, ni… Donc, sans doute, trans, si vous vous sentez mal. Donc, en gros, si vous êtes un homme, c’est que vous voulez devenir femme (Male to Female, MtF), et si vous êtes une femme c’est que vous voulez devenir un homme (FtM), non ? … Et si c’était plus complexe qu’il n’y paraît ? Au diable la bicatégorisation ! Le documentaire soulève en outre une sorte de chape de plomb : non, on n’est pas forcément FtM ou MtF… On peut aussi être (devenir) F/MtU (Unknown).
Il s’agissait alors pour moi de découvrir un horizon clairement nouveau : qu’est-ce qu’être un homme ? Une femme ? « On ne naît pas femme, on le devient », écrit Simone de Beauvoir. D’accord, partons de ce principe que le genre (homme/femme) est social. Et donc… à vrai dire, à part ça, je ne sais rien d’autre. D’autant que, suivant le documentaire, les intersexes sont considérés comme atteints d’une « pathologie », urgence sociale et médicale. Une personne intersexe, dans le film, se décrit ainsi : « On nous a posés entre les sexes, mais on est hors du sexe. Je n’ai jamais sécrété d’hormones sexuelles. J’ai tendance à me décrire comme rien, je ne suis rien, au sens d’absolu, infini, pas au sens négatif. » Concluant : « Dans l’immense majorité des cas, on ne sera jamais ni un homme ni une femme, on sera nous, tout simplement. »
Trans : une maladie mentale ?
Le corps médical français s’obstine à psychiatriser les trans : le protocole pour accéder au traitement hormonal dans un premier temps (2 ans) puis à une opération (2 ans) est extrêmement long et contraignant et laisse beaucoup individus sur la touche. Une trans du documentaire soulève une question importante : un jour, après quelques rencontres, on lui dit : « Non, vous n’êtes pas femme, vous ne pouvez plus continuer »… Ces personnes qu’on met ainsi de côté, où sont-elles ? Le doctorant en sociologie Arnaud Alessandrin souligne l’idée de « bouclier thérapeutique » : parce qu’il pourrait y avoir des excès, des regrets, les médecins préfèrent semer le chemin d’obstacles, brandir leur bouclier thérapeutique mâtiné de professionnalisme et empli de retenue et de bonne conscience : « C’est pour votre bien ». Ce même corps médical, lorsqu’un bébé naît intersexe, décide (avec les parents) d’assigner un sexe à l’enfant, dans des violences physiques assez intenses pour un si jeune être.
Qu’on colle aux trans l’étiquette de « malades mentaux » commence à ressembler à une obstination sans fondement : depuis 50 ans, la psychanalyse n’a guéri personne (personne !), alors que l’opération a permis à quasiment tous ceux qui sont passés par cette étape de se sentir mieux. Qu’un médecin se permette de dire : « Dans l’espèce humaine, il y a deux races, les hommes et les femmes, la transition est impossible » devrait devenir aussi choquant qu’un médecin qui dit à une femme qui avorte qu’elle l’a « bien mérité ». Un MtF ne devient pas une femme après l’opération : « Je ne suis pas une femme. Au mieux, je suis une femme trans. » Ce que ce film s’applique à répéter, c’est qu’il faudrait rompre avec le clivage simpliste que le monde nous impose. S’accepter tous comme on est, dans nos différences, c’est une belle leçon d’humanité, que les ricanements de certaines personnes quand on évoque la question trans, laissent présager encore longue à s’ancrer.
Extrait du catalogue du Festival Academia Film Olomouc | AFO International Festival of Science Documentary Films (Olomouc, République Tchèque) - April 2011
"In the 1960s, a so-called linguistic turnaround occurred within the social sciences. What was at first a subtle movement is now an integral part of social science theories. Fifty years ago however, it was a revolution, and it caused a significant change in the research into language and its impact on everyday life in society. The attention of the theorists started to move from the grammar of language, which was seen as a mere static structure of language code, to language as a socially generated code, which has a considerable influence on the construction of the world in which we operate. Language was no longer studied simultaneously as a mere means of exchanging information between two or more people but as an important factor in the construction of the outside world. Scientists started to examine what happens when we use one particular word rather than another; why, how and for what purpose we name something just so and not otherwise; what will happen when we call a man such and such, or even what happens when we don’t give something a name at all. This documentary by Cynthia and Melissa Arra demonstrates through examples of intersexuality and transsexuality what happens when there are no words for someone or something, or when someone or something is assigned a different or incorrect word."
Extrait du catalogue du festival MosTran's, festival de Cinema Trans i Intersex (Barcelona, Spain) - June 09
Los entrevistados de este documental describen sus vivencias tal y como las han vivido, tal y como las han explicado los de medios de comunicación de masas franceses y como han sido tratados por el “estamento médico”. Así, cuestiona e interpela a la comunidad de médicos, y sobretodo, al discurso psiquiátrico, que trata la transexualidad como una enfermedad.
Els entrevistats d’aquest documental descriuen les seves vivències tal i com les han viscut, tal i com les han explicat els mitjans de comunicació de masses francesos i com han sigut tractats per l’”estament mèdic”. Així, qüestiona i interpel•la a la comunitat de metges i, sobretot, al discurs psiquiàtric, que tracta la transexualitat com una malaltia.
Chronique sur "L'ordre des mots" de Karine Espineira (auteur de La transidentité. Paris : L’Harmattan, 2009) parue dans la revue le sujet dans la cité - May 09
Un écran noir. Une voix. L'expression "putain de trans !" pour conclure ces quelques secondes d'absence totale d'images. Secondes qui paraissent si longues, si courtes. Intéressons-nous d'abord aux mots des trans' avant de nous intéresser à leur image. La volonté est affichée, revendiquée. Nous écouterons avant de regarder.
L'Ordre des mots de Cynthia Arra et Mélissa Arra est une autoproduction de 75 minutes et date de 2007. Le film donne la parole à six personnes trans' et intersexe qui s'expriment non seulement sur leur souffrance mais avant tout sur leur positionnement en rapport à la normation.
Tantôt en accord, tantôt en désaccord, car telle est la condition des trans', pour ne pas dire la condition humaine tout simplement face à l'arbitraire du symbolique, de nos sociétés binaires, bipolaires, faisant de la différence une inégalité.
Il se forme un récit mêlant le connu des récits trans' tels que popularisés par quarante ans de médiatisation, etl'inconnu de leurs pensées, celles que l'on n’entend pas, dont le public sait si peu, voire rien. Une parole dont on se demande, sans faire d'ironie gratuite, si elle trouve à s'exprimer dans les suivis thérapeutiques, car il est surprenant qu'elle ait mis tant de temps à nous parvenir, alors que les trans' ont affiné leurs paroles et leurs pensées de façon spectaculaire au cours de ces quinze dernières années.
De Maud Thomas à Vincent He-Say, il y a une génération selon le tic-tac de l'horloge biologique, et quelques années de militances, de théorisations, de pensées condensées, travaillées, appropriées, rendues, développées et traduites. Une théorisation dont ne sont pas exclus les autres protagonistes.
Tom Reucher ou Carine Boeuf mêlent tout aussi subtilement anecdotes personnelles et regards critiques sur une situation d'exception autorisant l'exercice de la singularité envers les trans'. Avec Vincent Avrons et Vincent Guillot,
un cri tranquille, presque apaisé, sur la difficulté et le bonheur d'être soi dans le sentiment amoureux, dans le rapport intime au corps plaisir, au corps affectif, au corps douleur, que sont aussi le corps et l'âme intersexe pour ce qui concerne l'un d'eux.
L'Ordre des mots est fait de récits rares, d'une parole précieuse tentant de combler des vides et des trop-plein de mots pour les un(e)s et les autres. Son parti pris esthétique est une chance offerte aux mots par rapport à ces images modelant nos interprétations, parfois abusivement, car nous oublions parfois d'entendre à défaut d'écouter.
Il aura fallu attendre deux décennies pour que le genre documentaire fasse une place à cette parole, objectif que la télévision n'a pas encore su atteindre.
Extrait du catalogue du festival Cinemarges (Bordeaux, France) - May 09
La parole est ici donnée à des personnes trans et intersexe dont la quête d'identité de genre se trouve entravée par des normes établies. Elles décrivent leur parcours mais surtout leurs moyens de résistance. Les réalisatrices de ce documentaire vertigineux enchâssent avec talent six portraits croisés pour mieux jalonner les parcours de la question identitaire. Le parti pris est simple : des visages pensifs, cadrés au plus près tandis que les protagonistes parlent en voix off, avant de s’exprimer devant la caméra. La puissance humaniste de ce dispositif fait mouche : ces personnes préexistent au discours qu’elles expriment enfin. Ermites involontaires, elles savent mieux que quiconque redonner tout leur sens aux mots ailleurs galvaudés, dénoncer les normes sociales trop souvent incontestées. Un film indispensable.
Extrait du catalogue du festival Netherland Transgender Film Festival
(Amsterdam, Netherlands) - May 09
L’Ordre des Mots is a politically engaging and informative portrait of six transgender and intersex activists from France. Leaving behind the typical ‘explanation’ structure present in many documentaries on trans issues, these activists pointedly question France’s social history of medicalization that has secured the conventions of the gender binary. In telling their own stories of surviving the trials of transitioning, each character offers the viewer options for alternative identities and sexualities. The documentary is poetic and reflective, and at the same time a compelling call for activism in the name of those who think ‘differently.’ This gracefully powerful film by Cynthia and Melissa Arra is made with care and respect for its speakers.
Extrait du catalogue du festival Divergenti.
Festival internazionale di cinema trans' (Bolgna, Italy) - May 09
“Siete parte della razza umana se siete né un uomo né una donna?” Lo scopo di questo film è di dare alle persone 'Trans’ un'altra possiblità di voce. Lontano dal classico trattamento delle questioni Trans, il film, attraverso la scelta dei soggetti che rappresenta - tutti attori contemporanei e precursori del movimento Trans e Intersex in Francia -, affronta di petto le questioni dell'identità di genere mettendo in discussione norme della società spesso non discusse e analizzando la natura dell'oppressione e della repressione che la comunità Trans e Intersex deve affrontare
Article extrait du blog de Cerise Howard suite à la projection du 19th Melbourner Queer Festival - March 09
But what would a MQFF be without at least one really angry, polemical genderqueer doco? L’Ordre des Mots (Binding Words,Cynthia Arra & Melissa Arra, 2007) fit that bill perfectly, introducing six highly articulate French intersex/genderfuck activists who each relate to camera the battles they have fought – are still fighting – with themselves, with the greatersociety around them, with the widespread prevalence of reductionist binary thinking, with conservative elements within academia and psychiatry, as well as within French law, which, on the evidence presented in this film, is rather more grotesquely behind the
times than I would remotely have expected. We also get to see them in action, successfully disrupting a conference where a famed academic transsexuality-denialist is attempting to hold court. Stirring stuff!
By Senses of Cinema
Extrait du catalogue du festival Image+Nation (Montreal, Canada) - November 08
« Est-ce qu’on appartient à l’humanité si on n’est ni un homme, ni une femme ? » voilà le point de départ de L’ordre des mots, un documentaire hautement pertinent qui explore avec intelligence l’univers de la transsexualité, de l’intersexualité et de la transidentité. À une époque où ces questions prennent de plus en plus d’importance tant dans le milieu médical, la place publique que les mouvements LGBT, le documentaire des cousines Arra vient jeter un salutaire pavé dans la mare de la sacrosainte binarité sexuelle
Extrait du catalogue du festival Pink Screen, Brussels alternative Gender Film Festival
(Brussels, Belgique) - October 08
Le mot "genre" ne vous évoque pas grand-chose ? Judith Butler vous fait l’effet d’un Valium ? Pas de panique, voici unupdate. À la pointe de ces réflexions et en direct de France, six portraits fascinants de personnes trans/inter-sexes/genres illustrent dans leur chair les limites ridiculement étroites de la binarité avec laquelle notre culture considère ces sujets - jusqu’à l’exemple de ce trans Female to Unknown. Aussi fascinant qu’instructif et surtout totalement emblématique de l’esprit Pink Screens, un document indispensable pour se (re)penser soi, son corps, son sexe, son désir, son genre... et ceux de tou-te-s les autres.
Does the word ’gender’ leave you cold? Does Judith Butler have the same effect on you as a Valium? Well don’t panic, here is an update. At the forefront of the debate and live from France, six portraits of fascinating trans / inter-sex / gender people illustrate in the flesh the ridiculously narrow limits of our culture’s views on these issues - right up to the example of one trans ’Female to Unknown’. Fascinating, as well as educational, this documentary is totally emblematic of the spirit of the Pink Screens Festival; a vital documentary to (re) consider our selves, our body, our sex, desire and gender... and those of others.
Article tiré du Blog de Psychokwak rédigé suite à la Projection de "L'ordre des mots" au festival "Vues d'en face" (Grenoble, France) - Avril 08
Ce documentaire réalisé par Mélissa et Cynthia Arra (elles sont cousines) questionne profondément notre rapport au discours sur le concept d'identité de genre. Depuis les travaux des gender studies ces notions nous sont devenues plus familières et nous critiquons les « assignations » normatives des discours sur les identités de genre
Extrait du Blog de Lionel Labosse suite à la projection du 13ème Festival de Films Gays & Lesbiens de Paris (Paris, France) - November 07
C’est mon coup de cœur, un vrai film de vrai cinéma, tout chaud sorti de l’atelier de mixage, autoproduit par les réalisatrices, Cynthia & Melissa Arra, pas encore distribué, du « genre » que les amateurs de foot abonnés à Canal+ ont peu de chance de voir. Le film donne la parole à six personnalités transgenre ou intersexe, toutes aussi passionnantes les unes que les autres, car contrairement au machin de Canal+, les réalisatrices se sont adressées à des militant(e)s et des intellectuel(le)s. Le titre L’ordre des mots est bien trouvé. On peut l’interpréter à volonté, depuis l’assignation au genre imposée par le langage qui imprègne notamment la langue française (le terrorisme des accords propre à notre langue), jusqu’à la nécessité de permuter l’ordre des mots lorsqu’on fait une transition